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Christian Baigue : Récit d’une Aventure "
L’Ultra-Trail du Mont-Blanc" 29
– 30 – 31 Août 2008
166 km -9400m de dénivelle + ; 2377 au départ de CHAMONIX ; 1263 à l’arrivée
à CHAMONIX, soit 1114 abandons ou hors délais
et 53% d’arrivants.
Prologue
Depuis le mardi 26, nous sommes installés au Gîte de La
Montagne à Chamonix, pour nous acclimater à la Région, l’altitude et surtout
nous imprégner de l’ambiance si particulière précédent ces grands évènements
que sont ces courses extrêmes.
Installation, légèrement spartiate dans ce gîte d’étape,
magnifiquement fleuri à l’extérieur, mais où nous ne pouvons pas tenir debout
dans notre chambre mansardée !
Après réflexion…Qu’importe, Gérard Racinne , Thierry Lambert, Jacky Quéraux et moi, prenons la
décision de rester. La proximité de la ligne de départ, 20’ à pied, compense
les petits désagréments.
Maryse et Serge, sont installés au camping, avec leur
camping-car, alors que Didier et son épouse ont pris un appartement en famille.
Durant cette période de pré-course, nous nous
retrouverons pour de superbes ballades en montagne, sur des lieux de passage de
la course, Notre Dame de La Gorge, Glacier de Trient.
C’est au pied de ce glacier que nous dégusterons une
succulente tarte à la myrtille, offerte par Maryse pour fêter mes 56 ans le 28,
veille de la course.
La veille, à 8h du matin, nous assistions au départ de la
1ère épreuve "La petite trotte à Léon" soit 220km et
17 000m de dénivelle + à parcourir par équipe de 3, mais toujours
ensembles. Ahurissant, quel courage, et quelle détermination. Mais bon, ça peut
donner des idées….
Ces 3 jours de mis en condition en groupe auront été un
pur bonheur.
Le grand Jour
Çà y est le grand jour est arrivé ;
A 7h00, Jacky nous quitte pour rejoindre Maryse et
Didier, au départ de la navette qui les conduira à Champex en Suisse, pour le
départ de la CCC.
Toute la matinée, Gérard, Thierry et moi, préparons les sacs à dos, vérification, re
vérification, tout est prêt ? Il ne manque rien ? Nous revérifions, (
2 lampes, couverture de survie, sifflet, blouson, collant etc …)
L’après midi, nous
essayons de dormir quelques heures au bord de l’eau. Même scénario que quelques
mois plus tôt à La Réunion, à la différence que nous préparons nous-mêmes nos
repas !
18 h, nous voilà enfin sur la ligne de départ. Malgré la foule, nous sommes arrivés à nous placer correctement. Le compte à rebours commence. La musique de Vangélis nous conditionne, interrompue de temps à autre par les consignes et conseils des organisateurs "Catherine et Michel Poletti"
Catherine nous lit un texte d’une grande sensibilité,
sensé nous faire résister à toute idée d’abandon ;
La chance d’être là aujourd’hui, ces 8 mois de dure préparation, les sacrifices imposés aux familles, aux amis qui nous ont supportés, et qui nous soutiennent encore, sur place ou sur internet. Nous n’avons pas le droit de les décevoir. Nous ne sommes pas là pour participer, mais pour aller au bout et franchir la ligne d’arrivée.
Dans les moments
critiques, ces quelques mots me résonneront encore dans la tête !

18h30, C’est parti,
Rapidement, je me retrouve aux côtés de Gérard, puis
Thierry. Nous prenons quelque photos tout en courant, et nous donnons rendez
vous à Chamonix. Jusqu’aux Houches, aux côtés de Gérard, nous évoluons à
12km/h, puis le chemin s’élevant, après quelque km, je laisse mon compagnon
filer.
" La Charme" 1er sommet à 1799m,
01h44mn32", joli coucher de soleil sur le Mont-Blanc, Lulu au téléphone, m’apprends que je suis 361ème ;
çà va bien, je fonds sur St Gervais . Je suis impressionné par la foule qui
nous acclame, comme aux Houches et plus tard aux "Contamines"
Ambiance digne d’un tour de France. Je n’ai jamais vu çà sur une course à pied.
C’est fantastique !
Aux "Contamines", après 4h de course et 31km, j’ai déjà 2h d’avance sur la barrière horaire, donc pas d’affolement. Mais les douleurs commencent à se faire sentir au niveau des adducteurs, des douleurs digestives apparaissent. Je n’ai toujours pas digéré le gel, pris 1h plus tôt. Le calvaire commence, l’ascension du "col du Bonhomme" 2479m sera ponctué de répits et de passages à vide. J’y arrive en 7h24 à 1h56". Je perdrai 10" dans la descente, pour remettre les lanières de ma lampe qui s’étaient défaites.
Aux Chapieux, 50km de
course, il est 2h47", j’ai 3h30 d’avance su la barrière horaire, j’avance
toujours, mais à l’arrache, toujours des soucis musculaires et digestifs.
Encore 116km, comment vais-je faire ? Je me raccroche aux propos de l’organisatrice et pourquoi je suis là. Je
pense à ma famille, aux copains, je n’ai pas le droit de me laisser dériver,
surtout avec l’avance que j’ai. L’ascension du "col de Seigne" 2516m
sera encore pénible, mais après 60km au compteur, j’ai l’impression d’une amélioration.
Confirmation au lac Combal 65km où j’arrive avec 4h d’avance. Le jour verra ma
forme revenir. J’ai dû, malgré tout perdre beaucoup de places, mais qu’importe
le classement, le principal est d’aller au bout, et j’ai une grande avance.
J’apprendrai plus tard que des centaines d’abandons ont déjà eu lieu .Je
remonte le "Mont Favre"2435m, Je prends des photos du lever de soleil,
c’est chouette. La longue
descente sur Courmayeur sera une
vraie partie de plaisir, que du bonheur !je me laisse aller, mais la fin,
très raide, à un rythme soutenu sera
fatale à ma cuisse. Contracture !
Arrivée à "Courmayeur"
78km, 14h de course, 4h30 d’avance. Surprise Gérard est encore là. Il m’indique
la douche où je me précipice, puis je vais prendre un vrai repas alors qu’il
repart. Je me masse seul, ne voulant pas attendre, la cuisse tire un peu, mais
je repars. 1h30 plus tard et 800m + haut, je retrouve Gégé au "Refuge
Bertone". Il a eu besoin de se reposer un peu. Paysage splendide face au
Mont Blanc,

Nous prenons des photos, je me ravitaille alors que Gérard repart.
Refuge Bonatti, chaleur accablante, la cuisse tire un peu, je continue le long
périple jusqu’à Arnuva . J’y arrive avec 5h30 d’avance. Il parait que la
chaleur fait des dégâts dans le "grand col Ferret". Effectivement, çà
attaque d’enfer, c’est raide, on suffoque. Au "refuge Elena" (je
pense) point d’eau fraiche, çà fait du bien. De nombreuses familles Italiennes,
venues en voiture, se font bronzer après le pique-nique. Les encouragements
fusent ; Les belles Italiennes en tenue, plus que légères nous donnent des
ailes. Effectivement, je gagne plus de 30 places dans l’ascension, malgré la
chaleur. Pourtant, je ne me soucie plus de mon rang depuis longtemps et je
profite au maximum des paysages magnifiques. Au sommet 2535m, le vent n’incite
pas à s’attarder, et je fonce sur "La Fouly". La descente, pourtant
facile et agréable réveille ou accentue
la contracture. J’arrive en bas avec 6h d’avance sur les barrières, mais
la cuisse en bouillie. 108 km de parcourus, et bloqué par la douleur ! Je
ne peux continuer ainsi. Après une petite collation, je me rends chez les
kinés ; une chance, pas de file d’attente. Pris en mains par une apprentie
qui se fait donner des conseils, j’ai un gros doute ! Pourtant, elle me
fait un strapping qui s’avèrera efficace. Une prise de décontracturant fera le
reste.
Au moment de
repartir, je retrouve Gérard ; Victime d’un passage à vide, il est prêt à
repartir. Ce que nous faisons ensembles. Nous ne nous quitterons plus. La montée sur Champex, 123 km ne sera
qu’une partie de plaisir. Nous y arrivons à 20h00 et 7h 00 d’avance, en
disputant presque le sprint avec nos poursuivants ; Quels gamins !
Bon, puisque nous
avons le temps, eh bien prenons le .Nous restons 2h20. Un repas bien
décontracté à échanger nos impressions avec des familles de coureurs qui
attendent leur héros. etc…1h00 de repos dans un dortoir foutoir, mais c’est
mieux que rien. Nous refaisons le plein et c’est reparti dans la nuit. Les
lampes de Gérard ont cédé. Ma lampe de rechange n’éclaire pratiquement rien.
Après la rude remontée rocheuse sur "Bovine" la descente sera chaotique. Heureusement, un
coureur compassif, en prêtera une de bonne qualité et nous rejoindrons Trient
sans encombre, mais nous n’avons plus que 5h40 d’avance.
Grosse frayeur en
remontant sur "Catogne" A mi pente, Gégé frôle le malaise. Petite récupération
d’une dizaine de minutes, allongé sur un rocher, et il repart de plus belle.
Cette fois, c’est moi qui ai du mal à suivre, l’arrêt m’a cassé le rythme et il m’attend en haut pour pointer
ensembles.
La redescente sur
Vallorcine n’en finit pas. On croit se rapprocher et c’est toujours loin en
contrebas.
Finalement, nous y
sommes. Du repos s’impose, Gérard m’a foutu la trouille. Nous nous rendons à la
salle de massage où l’on peut se reposer. Gérard se fait soigner une ampoule et
plonge dans un profond sommeil. J’en profite pour me faire masser. Que c’est
bon ! Et je m’endors entre les mains expertes de la jolie masseuse. Après
30’ de présence, réveil en douceur. Nous allons prendre un repas. Pas pressés
les gars ! Finalement, au moment de repartir, surprise ! Thierry
arrive. Il est tout aussi surpris que nous. Nous décidons aussitôt de repartir
tous les 3 et de franchir ensembles la ligne d’arrivée. Nous remontons donc
sur "La Flégère", via le "col des Montets" et la "Tête
aux vents" à 2130m. Cette ultime ascension que je craignais
particulièrement, ayant entendu dire qu’elle était terrible fut avalée sans
encombre, presque euphorique. Au sommet, paysages magnifiques, nous prenons
même le temps de refaire quelques photos, avant d’attaquer la descente au
rythme de notre ami Thierry, un peu affaibli par un tendon récalcitrant.
Personnellement, je
craignais encore pour ma cuisse, mais à peine une petite sensation de gêne, qui
en fait ne me gênait plus du tout.
En descente,
j’apprends enfin par Catherine Maudet, une amie de Poitiers, au téléphone que
Didier, Maryse et Jacky sont arrivés la veille, à bon port, dans les temps.
Quel bonheur pour eux, mais aussi pour moi. Leur succès me comble d’aise, tout
autant que ma propre réussite. Toute la journée précédente, en Italie je
n’avais pu recevoir aucun message, ni appel et ayant éteint mon téléphone la
nuit, je n’avais aucune nouvelle.
A quelques km de l’arrivée, Jacky, vient à
notre rencontre et nous accompagne en courant jusqu’à Chamonix. Quel
bonheur ! C’est impressionnant de le voir courir ainsi après ses 98km de
la veille.
Enfin le centre
ville, Jacky s’écarte et après le tour traditionnel du centre ville, sous les
acclamations d’une foule enthousiasme, nous franchissons la ligne, mains dans
la main, avant de retrouver tous nos amis.
Du pur
bonheur !

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